Actualité

Précarité énergétique : les solutions techniques ne suffisent pas à enrayer ce fléau grandissant

25 octobre 2016

La précarité énergétique est un sujet récemment évoqué dans les médias. Et pourtant, elle représente une réalité plus ancienne. Dans un contexte où certains parcs de logements sont vétustes, dont les coûts ne baissent pas, la précarité énergétique concerne aujourd’hui, selon l’Insee, 5,9 millions de ménages. En juin dernier, Hélianthe, Espace INFO->ÉNERGIE de l’Ain, et SOLIHA en partenariat avec le Département de l’Ain organisaient un colloque sur la précarité énergétique. Après la présentation des actions menées dans l’Ain depuis 2014, ce colloque a été l’occasion d’une présentation par Bruno Maresca, sociologue, d’une étude de situations de précarité énergétique. Les résultats confirment que lutter contre la précarité énergétique, ce n’est pas seulement isoler des logements qui ne le sont pas.

©Stéphanie Lacombe

> Bruno Maresca, vous avez participé à une étude sur la précarité énergétique en allant à la rencontre de ceux qui la vive au quotidien. Quels étaient les objectifs de cette étude ?

Ce travail que j’ai réalisé avec une photographe avait, au départ, pour ambition de mettre des visages sur la précarité énergétique, afin de mieux comprendre les situations que recouvre cette notion qui, pour beaucoup, reste abstraite. L’enquête que nous avons menée à travers la France sur une quinzaine de situations, a débouché sur une exposition photo "En résistance contre le froid" qui donne à voir un éventail de situations, personnes jeunes et personnes âgées, propriétaires et locataires, vivant en ville et en campagne.

> La précarité énergétique est définie au-delà du seuil selon lequel un foyer dépense plus de 10% de son budget pour s’éclairer, se chauffer et se déplacer. Est-ce vraiment cela ? Quelles conséquences sur la vie sociale des foyers avez-vous constatées ?

Si la notion de précarité énergétique est abstraite, c’est que son critère de définition est purement théorique. En réalité, on trouve peu de personnes qui dans la réalité dépensent plus de 10% du budget du foyer pour se chauffer, s’éclairer et faire fonctionner les appareils ménagers. Pour une raison très simple : plutôt que de dépenser beaucoup, les personnes concernées se restreignent, notamment en se chauffant peu. Des personnes qui sous-chauffent en hiver on en rencontre beaucoup, et les conséquences sont toujours les mêmes : développement de l’humidité intérieure et des moisissures, dégradation du logement et des effets personnels, allergies et affections pulmonaires, dépression et inactivité. Le coût social de ces situations est important.

> Il existe aujourd’hui des programmes d’aides pour des foyers « précaires énergétiques » qui visent des aspects techniques tels que l’isolation du logement ou le changement du mode de chauffage, selon vous, comment compléter ces dispositifs pour les rendre plus efficaces ?

Les programmes d’aide sont importants pour les personnes à faibles revenus occupant le logement dont ils sont propriétaires. Le dispositif d’aide de l’Anah permet, en effet, de réaliser des rénovations thermiques conséquentes (isolation, systèmes de chauffe et de ventilation) qui ne se limitent pas à l’installation du double vitrage. Mais ces interventions ne solutionnent qu’une petite partie des situations de précarité énergétique. Les locataires n’y émargent que rarement, dans la mesure où les propriétaires bailleurs sont peu sensibles aux aides pour les logements qu’ils n’occupent pas. D’où l’importance actuellement du parc de logements indécents que l’on peine à faire régresser. Conduire un programme de diagnostics techniques systématiques dans les habitations que l’on peut suspecter d’offrir de mauvaises conditions de confort sur le plan thermique, pourrait être un aiguillon pour inciter les propriétaires bailleurs à s’en préoccuper. Par ailleurs, au-delà des aspects techniques, il serait utile de développer des actions de conseil auprès des occupants pour les aider à faire des économies d’énergie raisonnées mais aussi à se prémunir des conséquences délétères de la précarité énergétique.

portait précarité energétique

Info plus : Bruno Maresca

Sociologue, Bruno Maresca travaille sur la question des modes de vie et des politiques publiques. Il a réalisé de nombreuses études dans les domaines de la culture, du développement durable, de la santé. Il a été pendant vingt ans directeur du département Evaluation des politiques publiques du Crédoc (Centre de recherche pour l’étude des conditions de vie). Expert au Haut Conseil de la Santé publique, il donne un cours à Sciences Po sur "modes de vie, territoires et politiques publiques". Sa dernière étude sur la précarité énergétique a donné naissance à une exposition photo, installée entre autre lors de la COP 21 à Paris en fin d’année dernière.

En savoir plus :


Article initialement publié sur le site d’Héliante, Espace INFO->ÉNERGIE de l’Ain

Autres actualités du moment

Rappel sur l’efficacité du chauffage au bois bûches

Le chauffage au bois peut avoir un impact important sur la qualité de l’air. C’est pourquoi il est important de rappeler certaines bonnes pratiques. (...)

Faire baisser sa consommation d’énergie en plein hiver, c’est possible !

C’est le défi que se lancent 208 familles du Rhône et de la Métropole de Lyon ! En s’engageant dans le défi Familles À Énergie Positive, des foyers (...)

Ecorenover.org et thermix.org - 2 outils pour simuler les coûts des projets de rénovation énergétique

Un projet de rénovation ? Besoin de changer votre chauffage ? Aides financières, coûts … Faites votre simulation sur ecorenover.org et thermix.org ! (...)

Toutes les actus...